Violence conjugale: les hommes aussi sont victimes

Frédéric Lacroix-Couture frederic.lacroixcouture@tc.tc Publié le 25 janvier 2016

Les hommes victimes de violence conjugale craignent de briser le silence par peur d'être jugés.

©Photo Deposit photos

Sa conjointe lui inflige un coup de fer à repasser en plein visage. Arrivé à l’hôpital pour faire soigner sa blessure, il est la cible de rires. Pourtant, l’homme venait de subir un cas de violence conjugale. Sujet encore tabou, les victimes masculines de violence conjugale passent mal dans la société même si leur nombre a augmenté au Québec en l’espace de 10 ans.

Pour le directeur général par intérim d’Entraide pour Hommes Vallée-du-Richelieu, Simon Proulx, l’histoire du fer à repasser démontre à elle seule la difficulté pour la population d’assumer qu’un homme peut être victime de violence conjugale.

De plus, les hommes qui subissent de la violence conjugale osent peu en parler ouvertement par crainte d’être jugés.

Si les femmes demeurent toujours les principales victimes, le nombre de victimes masculines a augmenté de 36 % depuis 2003, tandis que le taux chez les femmes a augmenté de 4 % pour la même période, selon les statistiques du ministère de la Sécurité publique du Québec.

En 2012, au Québec, 3941 hommes ont subi de la violence conjugale, soit 294 victimes de plus qu’en 2011.

Dans la région, entre 2008 et 2013, 31 hommes ont porté plainte auprès de la Régie intermunicipale Richelieu-Saint-Laurent (RIRSL) pour violence conjugale. En six ans, le nombre de victimes masculines est passé de neuf à trois.

Sur l’ensemble du territoire de la RIRSL, entre 2008 et 2013, environ 17 % des victimes sont des hommes, soit 85 personnes sur 490 cas.

La Sûreté du Québec note cinq formes de violence conjugale: physique, verbale, psychologique, sexuelle et économique.

Deux chapeaux

Les hommes peuvent porter à la fois les chapeaux de victime et d’agresseur.

«On parle de plus en plus de dynamique de violence conjugale, c’est-à-dire que l’homme peut être en réaction. Il va donc avoir un comportement violent et ça va alimenter les comportements violents de sa conjointe», informe M. Proulx. «On est beaucoup moins dans la stigmatisation», ajoute-t-il.

Il ne s’agit plus d’un contexte où la femme est entièrement victime et l’homme complètement l’agresseur. Les rôles sont moins tranchés qu’auparavant.

Statistiquement, ce type de dynamique est plus fréquent chez les couples de même sexe que chez les hétérosexuels, souligne M. Proulx.

Claude (nom fictif), joint par l’entremise de l’Entraide pour hommes, reflète cette nouvelle dynamique. L’homme dans la cinquantaine est passé d’un caractère plutôt doux à bouillant. Sa femme laissait peu de place à la discussion et à l’écoute.

«Je devenais colérique et frustré», raconte Claude. L’attitude de sa conjointe l’a transformée, à un point tel qu’il lui a lancé cette phrase malheureuse à la suite d’un désaccord: «je vais finir par avoir envie de te tuer». Le lendemain, la police débarquait chez lui et il recevait l’ordre de ne pas entrer en contact avec sa conjointe, ce qui l’empêche de voir ses enfants puisqu’ils sont avec leur mère.

Son passage chez Entraide pour Hommes Vallée-du-Richelieu, le seul organisme de la région qui offre des services pour les hommes en détresse, a fait comprendre à Claude que sa colère venait de la relation avec sa femme. Sa colère est maintenant partie et il dit n’avoir rien à se reprocher.

Claude pense demander le divorce. D’ici là, il devra retourner au palais de justice ce printemps pour faire face aux accusations portées contre lui. Il espère que le temps arrangera les choses et qu’il pourra bientôt revoir ses enfants.

Cas de violence conjugale dans la Vallée-du-Richelieu* (période 2008 à 2013)

2008: Femmes: 27 Hommes: 9

2009: Femmes: 14 Hommes: 6

2010: Femmes: 22 Hommes: 7

2011: Femmes: 26 Hommes: 4

2012: Femmes:14  Hommes: 2

2013: Femmes: 23 Hommes: 3

Total: Femmes: 99 Hommes: 22

*Chiffres comprenant les municipalités de Beloeil, Mont-Saint-Hilaire, Otterburn Park, McMasterville, Saint-Mathieu-de-Beloeil et Saint-Jean-Baptiste.

Source: Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent

En manchette

La NBA viable à Montréal?

Le basketball occupe un plus grand espace médiatique ces temps-ci grâce au parcours des Raptors de Toronto en séries de la National Basketball Association (NBA). Cet engouement relance le débat à savoir si Montréal pourrait avoir une franchise viable de la NBA. Il y en a un qui est convaincu, Pascal Jobin, intervenant de choix pour les médias quand vient le temps de commenter l'actualité du basketball. Jobin, qui est également entraîneur de l'équipe masculine du cégep Édouard-Montpetit, sera d'ailleurs analyste pour le tournoi olympique féminin cet été durant les Jeux de Rio.

Justin Blanchette cogne à la porte du junior majeur

Le gardien de but de Sainte-Julie Justin Blanchette ne l'a pas eu facile cette année. En début d'année, il a été retranché par les Gaulois d'Antoine-Girouard (Saint-Hyacinthe) de la Ligue de hockey Midget AAA du Québec (LHMAAAQ) et a dû s'expatrier en Estrie. Son style combatif lui aura permis d'attirer l'attention des dépisteurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).

Violence conjugale: les hommes aussi sont victimes

Frédéric Lacroix-Couture frederic.lacroixcouture@tc.tc Publié le 25 janvier 2016

Les hommes victimes de violence conjugale craignent de briser le silence par peur d'être jugés.

©Photo Deposit photos


Sa conjointe lui inflige un coup de fer à repasser en plein visage. Arrivé à l’hôpital pour faire soigner sa blessure, il est la cible de rires. Pourtant, l’homme venait de subir un cas de violence conjugale. Sujet encore tabou, les victimes masculines de violence conjugale passent mal dans la société même si leur nombre a augmenté au Québec en l’espace de 10 ans.

Pour le directeur général par intérim d’Entraide pour Hommes Vallée-du-Richelieu, Simon Proulx, l’histoire du fer à repasser démontre à elle seule la difficulté pour la population d’assumer qu’un homme peut être victime de violence conjugale.

De plus, les hommes qui subissent de la violence conjugale osent peu en parler ouvertement par crainte d’être jugés.

Si les femmes demeurent toujours les principales victimes, le nombre de victimes masculines a augmenté de 36 % depuis 2003, tandis que le taux chez les femmes a augmenté de 4 % pour la même période, selon les statistiques du ministère de la Sécurité publique du Québec.

En 2012, au Québec, 3941 hommes ont subi de la violence conjugale, soit 294 victimes de plus qu’en 2011.

Dans la région, entre 2008 et 2013, 31 hommes ont porté plainte auprès de la Régie intermunicipale Richelieu-Saint-Laurent (RIRSL) pour violence conjugale. En six ans, le nombre de victimes masculines est passé de neuf à trois.

Sur l’ensemble du territoire de la RIRSL, entre 2008 et 2013, environ 17 % des victimes sont des hommes, soit 85 personnes sur 490 cas.

La Sûreté du Québec note cinq formes de violence conjugale: physique, verbale, psychologique, sexuelle et économique.

Deux chapeaux

Les hommes peuvent porter à la fois les chapeaux de victime et d’agresseur.

«On parle de plus en plus de dynamique de violence conjugale, c’est-à-dire que l’homme peut être en réaction. Il va donc avoir un comportement violent et ça va alimenter les comportements violents de sa conjointe», informe M. Proulx. «On est beaucoup moins dans la stigmatisation», ajoute-t-il.

Il ne s’agit plus d’un contexte où la femme est entièrement victime et l’homme complètement l’agresseur. Les rôles sont moins tranchés qu’auparavant.

Statistiquement, ce type de dynamique est plus fréquent chez les couples de même sexe que chez les hétérosexuels, souligne M. Proulx.

Claude (nom fictif), joint par l’entremise de l’Entraide pour hommes, reflète cette nouvelle dynamique. L’homme dans la cinquantaine est passé d’un caractère plutôt doux à bouillant. Sa femme laissait peu de place à la discussion et à l’écoute.

«Je devenais colérique et frustré», raconte Claude. L’attitude de sa conjointe l’a transformée, à un point tel qu’il lui a lancé cette phrase malheureuse à la suite d’un désaccord: «je vais finir par avoir envie de te tuer». Le lendemain, la police débarquait chez lui et il recevait l’ordre de ne pas entrer en contact avec sa conjointe, ce qui l’empêche de voir ses enfants puisqu’ils sont avec leur mère.

Son passage chez Entraide pour Hommes Vallée-du-Richelieu, le seul organisme de la région qui offre des services pour les hommes en détresse, a fait comprendre à Claude que sa colère venait de la relation avec sa femme. Sa colère est maintenant partie et il dit n’avoir rien à se reprocher.

Claude pense demander le divorce. D’ici là, il devra retourner au palais de justice ce printemps pour faire face aux accusations portées contre lui. Il espère que le temps arrangera les choses et qu’il pourra bientôt revoir ses enfants.

Cas de violence conjugale dans la Vallée-du-Richelieu* (période 2008 à 2013)

2008: Femmes: 27 Hommes: 9

2009: Femmes: 14 Hommes: 6

2010: Femmes: 22 Hommes: 7

2011: Femmes: 26 Hommes: 4

2012: Femmes:14  Hommes: 2

2013: Femmes: 23 Hommes: 3

Total: Femmes: 99 Hommes: 22

*Chiffres comprenant les municipalités de Beloeil, Mont-Saint-Hilaire, Otterburn Park, McMasterville, Saint-Mathieu-de-Beloeil et Saint-Jean-Baptiste.

Source: Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent