Services spécialisés aux élèves: les parents se tournent vers le privé

Frédéric Lacroix-Couture frederic.lacroixcouture@tc.tc Publié le 16 février 2016

Après des années au public, Benoit Houde a démarré sa clinique en orthopédagogie.

©Photo TC Media - YannCanno.com

Le manque de services spécialisés et de professionnels dans certaines écoles de la Commission scolaire des Patriotes (CSP), notamment en orthopédagogie, semble favoriser l'émergence de cliniques privées qui sont de plus en plus populaires auprès des parents.

Travaillant auparavant dans le public, Benoit Houde a ouvert à Belœil il y a un an Méthodik, une clinique qui offre notamment des services en orthopédagogie, en orthophonie et en soutien psychosocial.  

«Depuis le mois de septembre, ça ne dérougit pas. Il y a beaucoup, beaucoup de parents qui appellent», témoigne M. Houde, qui voit un lien direct entre les coupes dans les commissions scolaires et l'achalandage dans sa clinique.

Certains parents font appel au privé parce que leur enfant ne peut bénéficier d'une aide dans leur école. C'est le cas de Caroline Laframboise.

Durant la troisième et quatrième année, son fils est allé au privé pour des difficultés en lecture. La direction de l'école avait refusé de lui offrir un service d'orthopédagogie parce qu'il n'était pas «assez en échec» avec une note de 55%, déplore Mme Laframboise.

En cinquième année, son fils reçoit finalement 45 minutes d'orthopédagogie à son école.

«Mon passage vers le privé n'a pas été un choix, mais une obligation. L'obligation de ne pas rester les mains croisées devant les besoins de mon fils et de mettre toutes les chances pour qu'il réussisse», témoigne-t-elle.

«Quand les parents m'appellent, c'est ce qu'ils me disent, note Mélanie Brunelle, qui offre des services privés depuis deux ans en orthopédagogie à Belœil. Ils n'ont pas le choix d'aller au privé parce qu'ils n'ont pas de services à l'école, leur enfant n'est pas prioritaire.»

Gel des effectifs

Les compressions budgétaires imposées dans les dernières années empêchent la CSP d'ouvrir de nouveaux postes d'orthopédagogue, avance le vice-président de la section des Patriotes au Syndicat de l'enseignement de Champlain, Richard Bisson. Mais les professionnels doivent desservir toujours un nombre croissant d'élèves et d'écoles.  

«Il y a un certain nombre d'orthopédagogues qui est stable à la commission scolaire. Mais plus on répartit ces gens-là dans un plus grand nombre d'écoles, moins il y en a dans chacune d'entre elles», expose M. Bisson.

Il prend en exemple la construction d'une nouvelle école à Chambly qui accentuera cette répartition. Chacune des écoles risque de se retrouver avec un peu moins d'orthopédagogues, note M. Bisson.

Vers une privatisation?

Propriétaire de la clinique Bri-Bri à McMasterville, l'orthophoniste Céline de Brito observe l'émergence de plusieurs cliniques privées.

«Il y a deux ans, il n'y avait pas autant de cliniques. Quand ils sortent de l'université, les orthophonistes et les ergothérapeutes n'ont pas de place au public», relate-t-elle.

Pour sa part, M. Houde estime que l'éducation va subir le même sort que la santé et connaître un virage vers le privé.

Présidente par intérim de l'Association des orthopédagogues du Québec, Isabelle Gadbois parle d'une évolution des besoins qui amène plusieurs professionnels à devenir travailleurs autonomes.

«Aujourd'hui, l'orthopédagogie c'est public primaire-secondaire, c'est privé primaire-secondaire, c'est collégial, universitaire, carcéral, hospitalier et même en entreprise. Donc, c'est une profession qui a évolué parce que les besoins et le système ont évolué.»

Services spécialisés aux élèves: les parents se tournent vers le privé

Frédéric Lacroix-Couture frederic.lacroixcouture@tc.tc Publié le 16 février 2016

Après des années au public, Benoit Houde a démarré sa clinique en orthopédagogie.

©Photo TC Media - YannCanno.com


Le manque de services spécialisés et de professionnels dans certaines écoles de la Commission scolaire des Patriotes (CSP), notamment en orthopédagogie, semble favoriser l'émergence de cliniques privées qui sont de plus en plus populaires auprès des parents.

Travaillant auparavant dans le public, Benoit Houde a ouvert à Belœil il y a un an Méthodik, une clinique qui offre notamment des services en orthopédagogie, en orthophonie et en soutien psychosocial.  

«Depuis le mois de septembre, ça ne dérougit pas. Il y a beaucoup, beaucoup de parents qui appellent», témoigne M. Houde, qui voit un lien direct entre les coupes dans les commissions scolaires et l'achalandage dans sa clinique.

Certains parents font appel au privé parce que leur enfant ne peut bénéficier d'une aide dans leur école. C'est le cas de Caroline Laframboise.

Durant la troisième et quatrième année, son fils est allé au privé pour des difficultés en lecture. La direction de l'école avait refusé de lui offrir un service d'orthopédagogie parce qu'il n'était pas «assez en échec» avec une note de 55%, déplore Mme Laframboise.

En cinquième année, son fils reçoit finalement 45 minutes d'orthopédagogie à son école.

«Mon passage vers le privé n'a pas été un choix, mais une obligation. L'obligation de ne pas rester les mains croisées devant les besoins de mon fils et de mettre toutes les chances pour qu'il réussisse», témoigne-t-elle.

«Quand les parents m'appellent, c'est ce qu'ils me disent, note Mélanie Brunelle, qui offre des services privés depuis deux ans en orthopédagogie à Belœil. Ils n'ont pas le choix d'aller au privé parce qu'ils n'ont pas de services à l'école, leur enfant n'est pas prioritaire.»

Gel des effectifs

Les compressions budgétaires imposées dans les dernières années empêchent la CSP d'ouvrir de nouveaux postes d'orthopédagogue, avance le vice-président de la section des Patriotes au Syndicat de l'enseignement de Champlain, Richard Bisson. Mais les professionnels doivent desservir toujours un nombre croissant d'élèves et d'écoles.  

«Il y a un certain nombre d'orthopédagogues qui est stable à la commission scolaire. Mais plus on répartit ces gens-là dans un plus grand nombre d'écoles, moins il y en a dans chacune d'entre elles», expose M. Bisson.

Il prend en exemple la construction d'une nouvelle école à Chambly qui accentuera cette répartition. Chacune des écoles risque de se retrouver avec un peu moins d'orthopédagogues, note M. Bisson.

Vers une privatisation?

Propriétaire de la clinique Bri-Bri à McMasterville, l'orthophoniste Céline de Brito observe l'émergence de plusieurs cliniques privées.

«Il y a deux ans, il n'y avait pas autant de cliniques. Quand ils sortent de l'université, les orthophonistes et les ergothérapeutes n'ont pas de place au public», relate-t-elle.

Pour sa part, M. Houde estime que l'éducation va subir le même sort que la santé et connaître un virage vers le privé.

Présidente par intérim de l'Association des orthopédagogues du Québec, Isabelle Gadbois parle d'une évolution des besoins qui amène plusieurs professionnels à devenir travailleurs autonomes.

«Aujourd'hui, l'orthopédagogie c'est public primaire-secondaire, c'est privé primaire-secondaire, c'est collégial, universitaire, carcéral, hospitalier et même en entreprise. Donc, c'est une profession qui a évolué parce que les besoins et le système ont évolué.»